Le tri de vêtements associe recyclage, insertion et solidarité. : La Voix du Nord PAR JEAN-MARC SZUBA
saintomer@lavoixdunord.fr L'esprit de l'abbé Pierre ne s'est pas éteint avec lui. Mais, au fil du temps, l'accueil des compagnons a suivi certaines évolutions de la société.
C'est pour faire comprendre comment vit la communauté Emmaüs de Saint-Omer, basée à Saint-Martin-au-Laërt, qu'une journée de découverte avait été programmée samedi matin. Elle s'adressait aux élus et responsables socio-économiques du secteur.
La communauté accueille en permanence une quarantaine de compagnons. Chacun arrive et part quand il veut. S'il ne respecte pas les règles de la vie en communauté, il peut aussi être obligé de s'en aller. « En un an, on voit passer environ cent vingt compagnons. certains sont là depuis plusieurs années. Nous avons beaucoup de jeunes (dix ont moins de 25 ans), souvent déphasés, qui n'ont pas eu les repères des générations précédentes », note Xavier Houtart, le président de la communauté.
« On ne demande pas à pérenniser les emplois à Emmaüs », précise Jean-François Chaumette. L'espoir est toujours de voir un compagnon retrouver une situation stable. Dernièrement, l'un d'eux a passé son permis de cariste. Pour aider les compagnons à se reprendre en main, un travailleur social les suit et les conseille. « Être aidé par quelqu'un, c'est bien. Mais il faut penser aussi à s'aider soi-même », remarque Xavier Houtart.
Le directeur d'Emmaüs précise la particularité de l'association : elle fonctionne sous le statut de la loi de 1901 (but non lucratif) et les compagnons ne sont pas des salariés. « Pour l'administration, on n'entre dans aucune case. Ça crée parfois des difficultés. Mais les communautés sont en passe d'obtenir un statut pour leur activité d'insertion. » Insertion toujours avec la création, par Emmaüs, d'Audo-Tri. Avec quatre permanents, cet atelier ne permet à onze personnes d'envisager un retour à l'emploi grâce à une activité de tri de vêtements. Audo-Tri n'est pas réservé aux compagnons d'Emmaüs. À la différence de la communauté qui ne reçoit - et ne demande pas d'ailleurs - d'aide aux pouvoirs publics, Audo-Tri bénéficie de subventions.
Deux fois par an, la communauté organise une grande vente. L'occasion de proposer à l'achat des articles mis de côté depuis six mois ou des meubles, réparés voire parfois reconstruits. « La vente de dimanche (le 12), ça devrait représenter 40 000 E dont les trois quarts permettront d'aider des familles de l'Audomarois dans le besoin. Nous donnons aussi 16 000 E chaque année à Aïda, une association qui vient en aide aux sans papiers », note le président. Le directeur dit que la communauté vient aussi en aide aux sans-papiers du secteur « en restant vigilants pour ne pas favoriser l'activité des passeurs ».